Lui, notre enfant

Nous somm’s l’accueil et, lui, le seuil
D’où il s’envol’ sans qu’on le veuille ;
Nous somm’s chemin et, lui, les traces
Dans la poussièr’ du temps qui passe ;
Nous somm’s le quai et lui l’espoir
Qu’un jour nous pourrons nous revoir.
Lui, notre enfant, nous ses parents,
Tout simplement.

Nous somm’s le ciel et, lui, nuage
Traînant le vent dans son sillage ;
Nous somm’s la mer et, lui, l’esquif
Bravant tempêtes et récifs ;
Nous somm’s la terre et lui le grain
Qui va germer, peut-être loin.
Lui, notre enfant, nous ses parents,
Tout simplement.

Nous somm’s racin’s et, lui, est l’arbre,
Témoin, là-haut, des vols d’outardes ;
Nous somm’s le cep, et, lui, raisin
Dont la patienc’ fera du vin ;
Nous somm’s le bois et lui la flamme
Belle et brûlant’ comme une femme.
Lui, notre enfant, nous ses parents,
Tout simplement.

Nous sommes tout, peut-être rien,
Pour notre enfant qui s’appartient :
Ou laiss’ trop court’, comm’ cell’ d’un chien
Ou liberté donnée sans frein ;
Nous n’somm’s pour lui que père et mère
Aux certitudes éphémères.
Lui, notre enfant, nous ses parents,
Tout simplement.